Les Monts des Flandres



Les Monts des Flandres, la montagne du Nord


Cékoidonc les Monts des Flandres ?


Commençons par poser quelques précisions générales sur ces fameux Monts des Flandres. Il est en effet surprenant de parler de « Monts » dans le plat pays. Demandons à notre ami Wikipédia, dont la pertinence n’est peut être pas la meilleure sur tous les sujets, mais là…

Les monts des Flandres sont une série de petites collines s’étirant d’ouest en est de Watten en France, à Kemmel, en Belgique. Ils forment dans une zone frontalière de petits reliefs dissymétriques (la pente est plus « forte » vers le sud que vers le nord) séparés par des vallées. Même s’ils se dressent, à leur plus haut, à moins de 180 mètres au-dessus de la plaine de Flandre, les monts des Flandres font figure de « montagnes » dans ce plat pays.

Les monts des Flandres sont apparus à la fin du Miocène, c’est-à-dire entre -23 et -5 Millions d’années. C’est pas récent, j’en conviens. À l’époque, la mer recouvrait la région. Oui, ça a changé un peu depuis, faut bien le reconnaître…

Lorsqu’elle se retira, les sables déposés furent exposés à l’érosion, leur oxydation forma du grès et les anciennes dunes formèrent les monts. Posés sur un plateau argileux sédimentaire surbaissé, les monts sont ainsi constitués de sables couronnés de calottes gréseuses épargnées par l’érosion.

Ces monts s’étendent du sud-ouest au nord-est dans la plaine de Flandre :

Nom français Nom néerlandais Ville Altitude
Montagne de Watten Watenberg Watten (F) 72 m
Mont du Tom Noordpeene (F) 62 m
Mont Cassel Kasselberg Cassel (F) 176 m
Mont des Cats Katsberg Godewaersvelde (F) 164 m
Mont des Récollets Wouwenberg Cassel (F) 159 m
Mont de Boeschepe Boeschepeberg Boeschepe (F) 129 m
Mont Kokereel Kokereelberg Boeschepe (F) 110 m
Mont Noir Zwarteberg Saint-Jans-Cappel (F) 152 m
Mont Vidaigne Vidaigneberg Heuvelland (B) 136 m
Mont du Moulin Baneberg Heuvelland (B) 140 m
Mont Rouge Rodeberg Heuvelland (B) 129 m
Mont Aigu Scherpenberg Heuvelland (B) 125 m
Mont Kemmel Kemmelberg Heuvelland (B) 156 m
Mont Saint-Aubert Tournai (B) 149 m
Mont de l’Enclus Kluisberg Mont de l’Enclus (B) 141 m

Nature

Les buttes tertiaires et reliefs que constituent ces monts sont plus acides et sont restés plus boisés, parfois sous forme de bocages, ou plus herbus que les plaines qui s’étendent dans la Flandre maritime ou de la Flandre intérieure

En 1991, il avait d’ailleurs été envisagé un temps de créer un parc naturel en Flandre française dénommé ensuite « parc naturel régional des Monts de Flandre-Val de Lys ». Ce projet a été abandonné par manque de soutien en 1999. Dommage, car pour les connaisseurs de ces endroits propices aux activités de nature, randonnée, VTT, pêche etc…il semble évident que sans mesure de protection, d’aménagement réfléchi, et de mise en valeur du patrimoine naturel de cette région, il y a un risque de la voir à terme se dégrader faute d’une bonne gestion.

Tourisme

La région touristique française des Monts de Flandre ne recoupe que très imparfaitement le territoire des monts des Flandres, ne comprenant que les « 3 monts » : le mont des Cats, le mont de Boeschepe et le mont Noir, auxquels vient s’ajouter le mont Kokereel. Du sommet de ces petites « collines », on découvre des vues vraiment exceptionnelles sur les territoires environnants. Oui, j’ai entendu dans le fond, « quand il fait beau seulement »…les jours de brouillard sur le Mont des Cats, il peut parfois être difficile de distinguer ses chaussures.

Localement, les estaminets, et une forme d’agrotourisme (vente directe à la ferme ou accueil à la ferme) permettent de diversifier l’offre touristique qui est longtemps restée limitée à la randonnée pédestre ou au VTT.

L’environnement s’y prête à merveille, comme on peut le constater sur les photos illustrant cet article. Le panorama qui s’offre à nos yeux ébahis en haut de ces « sommets » est magnifique. Bon, les mauvaises langues diront qu’il est encore plus joli les jours de beau temps (entre le 16 et le 19 juillet…) mais il ne faut pas les écouter ! La météo n’est pas si mauvaise que ça… Du moins pas toute l’année, il suffit de bien choisir sa période !

J’ai donc, par une belle journée ensoleillée, comme le Nord sait si bien en produire (oui, j’ai entendu au fond, en petite quantité…) décidé de les arpenter en vélo, après les avoir exploré de nombreuses fois à pied. La présence de quelques très sympathiques estaminets étant certainement pour quelque chose dans cette répétition de l’exercice…

Sitôt décidé, sitôt préparé ! Pression des pneus, graissage, GPS en batterie, et bien entendu, comme on est dimanche, du ravitaillement en quantité suffisante pour une longue journée.

Départ au petit matin (frais, bien entendu…), direction les Weppes, afin de rejoindre les sites prévus par des petites routes tranquilles, bucoliques, et très plates…Et là, de loin, voire même de très loin, oui, c’est très plat…on aperçoit les premiers vallonnements qui annoncent le début de la chaîne des Monts, en particulier le Mont des Cats, reconnaissable de loin à l’immense antenne relais qui orne son sommet.

Le Mont des Cats

Situé sur la commune de Godewaersvelde, au sommet de ce dernier, outre l’immense antenne évoquée ci dessus, on trouve également la célèbre abbaye. La première communauté religieuse à s’implanter sur le Mont des Cats fut celle des « Ermites de Saint Antoine » vers 1650. Il ne reste rien de cette fondation hormis le nom actuel de bois de l’Ermitage où se trouve l’actuelle Chapelle de la Passion. L’ordre enseignant y développa une école qui compta près de 200 élèves. La révolution française mit à mal l’établissement en expulsant les religieux, confisquant et détruisant une partie des biens. Il faudra attendre 1826 pour que s’installent les premiers trappistes et que soit fondée l’abbaye cistercienne du Mont Des Cats.

En 1819, Nicolas Ruyssen, peintre ayant une certaine renommée à son époque, rachète les ruines de l’Ermitage. Ce fils de jardinier, né à Hazebrouck, poursuit le rêve de fonder une école pour l’éducation des enfants pauvres notamment par l’enseignement du dessin. Le lieu lui semble idéal et il se met en quête d’enseignants. Après plusieurs tentatives infructueuses, il entre en contact avec l’Abbaye du Gard dans la Somme. Les premiers Moines Trappistes s’installent au Mont des Cats en 1826. Le choix de cet ordre travailleur sera déterminant : non seulement la renommée de cette abbaye cistercienne grandit mais, avec elle, le développement des produits fabriqués par les moines.

Détruite presque entièrement durant la première guerre mondiale, l’abbaye Sainte-Marie du Mont est à nouveau reconstruite en 1926. Elle redevient un centre liturgique important non seulement dans la région mais aussi au-delà de nos frontières. L’école privée Saint Constance, elle, ferma ses portes en 1999.

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Le fameux fromage du Mont des Cats

La renommée de l’abbaye tient également dans sa production de fromages et de bière, brassée elle à Chimay, en Belgique. Une production qui assure des revenus à la communauté et qui s’inscrit dans la tradition trappiste. Ces produits sont en vente sur place dans le magasin de l’abbaye. Joliment agencé, vous trouverez dans ce magasin toute une variété d’articles d’artisanat monastique de toute la France, et même de bien plus loin.

Le nom de Mont des Cats n’aurait à priori rien à voir le chat, mais tirerait son origine du nom d’un peuple germain installé là au 5e siècle, les Cattes (ou Katz, selon les auteurs)

La particularité de l’endroit tient sans doute dans cette atmosphère où se mêlent volontiers ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. L’âme des Trappistes, qui ont toujours concilié spiritualité et convivialité, nourriture de l’âme et nourriture terrestre y est sans doute pour quelque chose. Les gourmands se retrouvent ici volontiers autour d’un verre de bière, qu’ils consomment toujours avec modération, et une assiette de fromage, deux des produits emblématiques de l’abbaye. On profite ainsi du charme de l’endroit en contemplant à perte de vue le Pays de Flandres.En effet, avec ses 164 m d’altitude, le Mont des Cats offre un des plus beaux panoramas de la région Nord-Pas-de-Calais. Un point idéal qui a très vite trouvé son utilité avec l’installation d’un émetteur radio télévision qui, aussi disgracieux qu’il soit, sert de point de repère immanquable pour les randonneurs.

Vue sur les alentours du Mont.
Pause au sommet du Mont des Cats

Après une petite pause bienvenue au café qui a eu le bon goût de s’installer au sommet, il est bien temps de repartir vers un autre sommet du coin, le Mont Noir !

Le Mont Noir

Le mont Noir (Zwarte Berg ou Zwarteberg ) est une colline culminant à 152 m d’altitude dans les monts des Flandres à quelques centaines de mètres de la frontière franco-belge et à quelques kilomètres de Bailleul. Il tire son nom de la présence d’une forte concentration du pin noir dans le bois qui couvre ce relief. Le mont est à la frontière entre la Belgique et la France et dépend de la commune de Saint-Jans-Cappel.

Le parc départemental Marguerite Yourcenar

Le mont Noir héberge depuis les années 1930, une belle et grande villa bourgeoise à l’emplacement du pavillon des gardiens du château de la grand-mère de Marguerite Yourcenar, Noémie Dufresne. Le pavillon fut détruit comme le château lors des bombardements sur Saint-Jans-Cappel tout proche en 1918. L’écrivaine raconte les moments de son enfance passés au mont Noir dans Archives du Nord. En l’honneur de l’écrivaine qui siégea notamment à l’Académie française, un parc départemental Marguerite Yourcenar, de huit hectares, a été créé.

À l’instigation du département du Nord, cette grande villa mêlant art déco et style néo-normand a été aménagée en un centre de résidence d’écrivains européens nommé Villa Marguerite Yourcenar. Chaque été, le parc départemental Marguerite Yourcenar accueille le dimanche après-midi des spectacles de plein air dans le cadre de l’opération les beaux dimanches du mont Noir.

Par contre, le « sommet » du Mont Noir, présente un intérêt tout mercantile. Il s’agit d’un alignement continu de commerces (alcool et cigarettes essentiellement…), la France et la Belgique qui se partagent le Mont Noir, ne pratiquant pas les mêmes taxes, il semble donc possible pour les Français d’y faire de bonnes affaires. C’est en tout cas l’impression qui se dégage le weekend…

Le Mont Noir

La circulation y est de ce fait extrêmement dense certains jours, et les pauvres cyclistes que nous sommes avons parfois du mal à se faufiler dans un flot de véhicules ininterrompu. Je vous conseille de faire l’ascension par le versant belge: il est certes plus « raide », mais de ce fait plus court, et les automobilistes sont un peu plus détendus chez nos voisins belges.

Sans faire de halte supplémentaire que celle nécessaire à la prise de 2 ou 3 photos, redémarrage vers un autre mont situé à proximité: le Mont Rouge

Le Mont Rouge

Là, c’est un contraste avec le très fréquenté et animé Mont Noir. Beaucoup plus paisible et nature que son cousin, le Mont Rouge dispose d’un téléphérique qui permet pourtant de le rejoindre en survolant LE vignoble de Belgique. Le paysage que l’on y voit doit être superbe. Très prisé des randonneurs, le Mont Rouge n’offre guère de servitudes pour le cyclo, je l’ai donc quitté pour prendre la direction du Mont Kemmel, à quelques coups de pédales de là.

Le Mont Kemmel

Le mont Kemmel (Kemmelberg) est le point culminant de la province de Flandre-Occidentale, en Belgique. Son altitude est de 156 m. Le sommet est matérialisé par une borne géodésique de l’Institut géographique militaire, mise en place en octobre 1951, à proximité du domaine militaire. Il se situe sur la commune de Heuvelland, à 1,5 km du village de Kemmel.

Histoire

Époque romaine

Il y a environ 2 500 ans, une communauté celte s’établit sur le mont Kemmel. Elle y construisit un fort, et entretint des relations commerciales avec les Romains.

Une hypothèse est que la richesse antique du mont Kemmel durant le temps protohistoriques et gallo-romains venait du fait que les commerçants avaient en abondance du sel qui leur était fourni par les sauniers qui opéraient dans la région de l’actuelle Flandre maritime belge (La Panne). Ces derniers produisaient des « pains de sels » ignigènes (c’est-à-dire résultant de l’évaporation de grands volumes d’eau de mer dans des fours alimentés par du bois), utilisés pour saler la viande ou le poisson. Ces sauniers étaient présents par exemple à La Panne au moins depuis 800 ans av. J.-C. Produit en Gaule belgique, le « jambon ménapien » était réputé jusqu’à Rome où les familles riches l’importaient, via les voies romaines.

Première Guerre mondiale

Deux mille ans plus tard environ, lors de la Première Guerre mondiale, le mont Kemmel était — outre un point géodésique de repère pour les artilleurs — un site stratégique convoité par les belligérants. À la suite de leur offensive au printemps 1918, les Allemands s’emparent du mont le 25 avril, faisant usage notamment d’obus à gaz. L’armée française contre-attaque le lendemain mais les Allemands progressent jusqu’à l’étang de Dikkebus. Le 29 avril, cette progression est arrêtée. Les combats se poursuivent jusqu’à la fin du mois de juillet. Le mont Kemmel est repris aux Allemands le 5 septembre1918 par les troupes franco-britanniques. À la fin des combats, le mont est « chauve ». Après plusieurs mois de désobusage et de déminage, des arbres (feuillus) y sont plantés, dans le cadre de la reconstruction.

Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le mont est à nouveau un enjeu stratégique pour les Allemands, comme pour les Alliés. Sous le mont se trouve encore le bunker de commandement qui abrita de 1953 à 1995 l’état-major de l’armée belge. Ce bunker sera transformé à partir de 2007 en musée de la guerre. Une statue et un ossuaire, où sont enterrés plus de 5 000 soldats inconnus, rendent hommage aux soldats français qui ont combattu durant la Grande Guerre ; certains d’entre eux et dont la majeure partie des corps n’ont pu être identifiés sont enterrés dans cet ossuaire. Haute de 16 mètres, la colonne comprend une statue représentant la déesse romaine de la victoire. Elle mesurait à l’origine 18 mètres et était surmontée d’une statue représentant un soldat français. Celle-ci fut frappée par la foudre durant les années 1970 et ne fut pas remplacée. Le nom officiel du monument est « Monument Aux Soldats Français », mais il est communément appelé Den Engel (« l’Ange »).

Dans le monde du sport, le mont Kemmel est connu en tant que juge de paix de la course cycliste Gand-Wevelgem, courue en avril. Il se situe également sur le parcours d’autres courses professionnelles comme les Quatre Jours de Dunkerque, les Trois Jours de La Panne, le Circuit franco-belge ou les Trois Jours de Flandre-Occidentale. Il fut emprunté durant les Championnats du monde de cyclisme sur route de 1950, qui couronnèrent le Belge Briek Schotte. Les pavés et la forte pente de la route (avec un maximum à 23 %) font l’intérêt du lieu, mais suscitent également des critiques du fait de la dangerosité du passage. Ainsi en 2003, le peloton des Trois Jours de La Panne refusa de passer par le mont Kemmel.

Photo prise dans la descente, la montée elle, est en pavés..

Selon Cotacol, un ouvrage de référence belge qui examine et classe tous les monts dans le pays, l’ascension du Kemmelberg utilisée lors de Gand-Wevelgem 2016 est la montée la plus difficile de toutes les courses flamandes. Ils lui ont donné un score global de 183 points, soit plus que le Koppenberg, le Mur de Grammont ou que la montée traditionnelle du Kemmelberg. Si j’avais su cela avant, j’aurais moi aussi abordé la montée du Kemmelberg par la voie traditionnelle…inutile de préciser comment j’ai ressenti la montée de 23%, quand il suffit de regarder le visage des cyclistes professionnels qui la grimpent…

C’est aussi un haut-lieu du rallye automobile d’Ypres comptant pour le championnat d’Europe des rallyes disputé fin juin.

Retour vers le plat

Une fois gravis ces collines, il a fallu penser à rentrer. Le kilométrage de 146 kilomètres cumulé à la fatigue liée à l’ascension des différents Monts a laissé des traces. Un avantage dans le Nord, c’est qu’en dehors des périodes de canicule, il est rare d’avoir à souffrir de la chaleur. Néanmoins le retour fut ponctué régulièrement de bonnes vieilles crampes dont j’avais, à force d’entraînement, fini par oublier la désagréable sensation qu’elles procurent.

Au final, cette sortie de 13h30 environ, d’un kilométrage total de 201,5km m’a laissé un agréable souvenir. Excepté le Mont Noir qui connaît le dimanche une fréquentation intense qui génère une très forte circulation automobile, les routes que j’ai emprunté (même si ce ne sont pas les plus directes) furent ma foi bien tranquilles, et le civisme de nos amis belges au volant y est aussi pour une bonne part. Les paysages sont vraiment très jolis, faisant la part belle à de beaux pâturages ou de très beaux petits bois qui apportent en été un ombrage bienvenu. A noter que le dimanche, la Belgique est très animée, et la majorité des commerces y sont ouverts ce qui facilite grandement la tâche de ravitaillement du cyclo !

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